mardi 10 mai 2011

Monty Python + Islande



Il y manque quand même un Green Lantern jouant à Runequest avec Leibniz pour que la publicité puisse me persuader que tout l'Internet n'est qu'un songe solipsiste :



Via

Propagande lusophone



Je ne suis pas certain que tenter de l'humour autodépréciateur va réussir à persuader les Perussuomalaiset ("Vrais Finlandais") d'accepter des subventions européennes pour le Portugal.



Mais s'il vous plaît, arrêtez avec ce vieux mythe : le japonais arigatō NE VIENT PAS d'obrigado (mais ça a l'air vrai pour le tempura).

Reductio ad Lepenum



Laurent Wauquiez a dit que son projet inapplicable et inutile se justifiait pour lutter contre le vote FN. Il a raconté qu'un de ses administrés lui aurait dit voter FN parce que son voisin au RSA avait gardé un toit sans travail à temps complet. Cela fait déjà assez longtemps (au moins depuis la campagne de 2007) que l'UMP tente de justifier n'importe quel propos de comptoir "pour faire baisser le FN" en devançant ses idées. Il ne s'agit plus de parler de "bonnes questions" mais de jouer à deviner d'éventuelles aigreurs.

L'ennui est que le FN a changé son discours. On les accusait d'ultralibéralisme et on se moquait des défavorisés qui votaient contre leurs intérêts (bande d'aliénés) et à présent, le FN tient un discours de "protection sociale". Les cadres du FN ont donc dénoncé les propos de Wauquiez ainsi :

Par ses récentes déclarations, le ministre chargé des affaires européennes, coupable et responsable, démontre le mépris et l’extrême démagogie, entretenue par l’UMP, à l’égard des 8 millions de travailleurs pauvres français…

La suite est plus xénophobe (il n'aurait pas assez ajouté d'apartheid à la place de sa haine de la plèbe) mais en gros le début accuse Laurent Wauquiez non pas d'imiter ses idées (comme lorsque Marine Le Pen remettait une carte d'honneur à Claude Guéant) mais de les dépasser par l'extrême droite !

C'est vraiment du grand n'importe quoi.

La "Droite sociale" croit-elle vraiment une seconde qu'un électeur UMP tenté par le FN va revenir au bercail si on leur fait croire que le RSA voté par l'UMP était en fait du parasitisme et de l'oisiveté ???

Croient-ils vraiment qu'appuyer ainsi sur les contradictions de leur politique sociale en mentant et en diffamant va séduire le moindre électorat craintif sur l'Etat paternaliste ou faire oublier leurs échecs sur le chômage ?

Je peux comprendre qu'ils soient cyniques mais serait-ce trop leur demander que de tenter de l'être au moins efficacement, sans se ridiculiser ainsi ?

Métastases de métaphore oncologique


Silvio Berlusconi : les juges, et surtout le procureur de Milan, sont le cancer de la démocratie.

Laurent Wauquiez : les dérives de l'assistanat sont le cancer de la société française.

Comme le faisait remarquer la Répubblica, le propre de la démagogie au stade termninale est qu'elle autoriserait ensuite toute opération, aussi violente ou drastique soit-elle, au nom de l'analogie organique. Le cancer est le dysfonctionnement du processus vital lui-même et donc éradiquer ces tumeurs devient dans l'intérêt de tout le corps. Dans le cas de Berlusconi, c'est plus agressif dans un pays où les Juges se font tuer par la Mafia. Dans le cas de Wauquiez, c'est attaquer 1,8 millions de personnes qui ne peuvent guère répondre juste pour quelques quarts d'heure médiatiques dans les débats de Copé. C'est vraiment pitoyable.

Gaya Scienza & Science lugubre


Le philosophe des sciences et de l'économie Eric Schliesser se demande si Die fröhliche Wissenschaft - la gaya scienza (1882) de Nietzsche pourrait aussi être une allusion à l'attaque de Carlyle contre la Dismal Science des Economistes utilitaristes (1849).

Cela paraît peu probable à première vue (Nietzsche citant plus l'Américain abolitionniste Ralph Waldo Emerson sur ce terme que le raciste britannique Carlyle), mais dans l'intérêt de Nietzsche, il faudrait en effet encore plus que ce ne soit pas le cas.

En effet, dans son épouvantable article de 1849, Discours d'occasion sur la question noire, Carlyle opposait un "Gai savoir" "humaniste" (sic) pour justifier l'esclavage et la supériorité de la race blanche, alors que la "Science Lugubre" de John Stuart Mill en ne réduisant tout qu'à des calculs d'utilité et d'offre et de demande entre individus abstraits ne prendrait pas en compte cette supériorité "naturelle".

Dans cet usage, la "Gaya Scienzia / gai saber", terme provençal des Troubadours, ne renverrait pas à une musique insouciante et à la Liberté au-delà de la moralité judéo-chrétienne mais bien à une critique raciste et profondément réactionnaire d'une pensée fondée sur l'égalité humaine.

On sait que Nietzsche a repris certains arguments de Thomas Carlyle et que toute sa philosophie est une critique du concept d'égalité comme Ressentiment (même s'il récuse aussi un certain racisme vulgaire comme étant aussi l'expression du Ressentiment) et si le titre du livre allemand de 1882 jouait aussi avec les connotations racistes de l'anglais de 1849, cela changerait notre perspective sur son oeuvre (bien plus que les effets indirects de Nietzsche 50 ans après dans l'utilisation qu'en fit sa soeur sous le IIIe Empire allemand).

[Si j'étais toujours aussi irrité qu'hier par la proposition démagogique et irresponsable d'un ministre de notre République, je m'amuserais à faire remarquer que l'historien Carlyle, comme notre ex-historien M. Laurent-Menteur-Wauquiez, dit qu'il faut conserver l'esclavage parce que ceux qui sont nés pour ces basses besognes seraient corrompus moralement si on ne les réduisait pas à un labeur gratuit. ]

Schliesser va jusqu'à dire que la critique misogyne de la Pitié par Nietzsche comme manquant de virilité serait encore une sorte de lutte contre la tradition plus "féminine" Hume-Smith-Mill (Mill étant un des premiers philosophes féministes) d'une philosophie de la Sympathie dans les fondements de l'Economie politique. Mais là aussi, Nietzsche peut penser surtout à la théorie schopenhauerienne de la Sympathie (alors que Schopenhauer est encore plus misogyne si c'est possible que Nietzsche).

lundi 9 mai 2011

Sæhrímnir-Burgers

Tombe d'un Einherjar américain qui devait être Wiccan (ou peut-être Ásatrú ?).

La corvée



Tout le monde récuse le mot d'idéologie et on peut se demander ce que signifie le terme aujourd'hui dans le discours commun sinon "discours ou théorie avec laquelle je ne suis pas d'accord". Il faut être "pragmatique" et on peut se demander si la distinction entre "idéologie" et "pragmatisme" n'est pas elle-même souvent idéologique.

Mais lorsque je vois la proposition de M. Wauquiez d'imposer 5h de Travaux d'Intérêt Général pour ceux qui ont commis le crime d'être au Revenu de Solidarité Active, je ne suis pas sûr de voir en quoi cela ne relève pas de l'idéologie.

Je peux comprendre que la droite dise que rendre les services publics moins efficaces ou rendre le système hospitalier plus injuste va faire des économies du budget. Cela peut se discuter dans les modalités mais le raisonnement est compréhensible. On voit moins quel gain réel serait gagné ainsi par cette punition qui veut rendre le A de RSA plus "littéral", si ce n'est pour plaire à une partie de l'électorat UMP qui craint que les chômeurs soient en large part des profiteurs d'un système d'assistanat.

On n'économise rien, on fait de l'agitation symbolique pour exister dans les décombres de l'UMP. Ce qui est le plus Novlangue est que ce M. Laurent Wauquiez a appelé son groupe-club "la Droite sociale". Si le rétablissement de la Corvée est la Droite "sociale" "pour mieux aider les Classes moyennes", on peut se demander ce que serait une Droite encore plus "décomplexée" (créer en prétendant restaurer un droit de jambage ?).

Raffarin avait créé l'étrange "usine à gaz" du jour de solidarité non-payé et hors des frontières de la République, le fleuron national de l'entreprise Total-Fina-Elf aurait même su profiter de la générosité de certaines ethnies birmanes asservies qui acceptaient de travailler gratuitement (même si l'intègre Kouchner nous a dit, après avoir été payé par Total, qu'il n'en était rien). Il restait donc à Travailler Plus pour Travailler, pour Ne Gagner Rien que la Fierté de la Valeur du Travail Accompli.

Le "social" M. Wauquiez a raison de s'indigner de ces injustices où des gens à la recherche d'un travail osent gagner près du Smic. Il a l'air de trouver bien plus "social" que le Bouclier fiscal ait protégé les plus hauts revenus des impôts nouveaux créés pour financer le RSA ou bien que jusqu'en 2013 les plus hautes fortunes cumulent désormais à la fois le Bouclier fiscal et les modifications de l'ISF, ce qui a pour résultat "social" que la plus haute fortune de France paye le même taux d'imposition qu'un Smicard. Mais il n'y a là aucune anomalie pour la Valeur du Travail.

[JDR] Pour le jeu Cats! La Mascarade


Slate, devant tous les articles mentionnant le rôle d'un chien militaire (aux dents de titanium) dans les Navy Seals, dévoile tout un dossier sur les chats militaires.

Cette scène semble bien mettre fin à la "Mascarade" qui est censée dissimuler la domination féline sur notre planète.

dimanche 8 mai 2011

[Illustrations] Von Cotta

Andreas von Cotta a réalisé des illustrations comme ces premiers colons arrivant à Þingvellir ou des "concepts" pour le jeu de science-fiction EVE Online.

J'aime bien cette vision de la salle de pilotage, entre l'obscurité gothique à la Rogue Trader et une vision plus optimiste et développée technologiquement, avec les animations holographiques qui s'opposent au cliché du Grand Ecran principal de Star Trek.

vendredi 6 mai 2011

Mosfilm sur YouTube

Mosfilm a créé sa propre chaîne YouTube, avec souvent des sous-titres en anglais. Ils y mettent de nouveaux films complets de leur énorme catalogue chaque jour. Il y a beaucoup d'Andrei Tarkovsky, dont Solaris. Mais même avant l'arrivée de Mosfilm, on pouvait trouver des choses étranges comme Кин-дза-дза, comédie cruelle de science-fiction réalisée en pleine Perestroïka sur une planète désertique.

Détournement



Via Dr Science, Roll a D6, une parodie D&D/Grandeur Nature assez bien faite de Like a G6 (chanson pénible qui portait sur un avion). Dommage que la musique d'origine ne méritait probablement pas une reprise.



Mais j'imagie qu'un Lightning Bolt doit faire plus qu'1d6 en dégâts (surtout dans la 4e édition où tout le monde a des millions de points de vie si j'ai bien compris).

mercredi 4 mai 2011

Les alliés des ennemis de mes ennemis


Je croyais à l'idée, qui traîne partout, qu'OBL avait été proche de la CIA en Afghanistan avant le départ des Soviétiques dans les années 1980 et qu'il ne se serait retourné contre les USA qu'après la défaite du "Satan" soviétique. Mais cet article (qui cite ces sources sur Wikipedia) dit que ce récit si fréquent confond (1) les moudjahidins afghans (effectivement entraînés par la CIA) et (2) les volontaires moudjahidins arabes, qui étaient venus soutenir le Djihad afghan mais n'avaient pas de soutien particulier de la CIA.

Si cette version (qui peut sembler plus "favorable" à la CIA) est vraie, ce n'est pas parce que la CIA aidaient les premiers et que les seconds aidaient aussi les premiers que la CIA aidaient les seconds. La CIA n'aurait pas soutenu cette faction saoudienne-yéménite, même si elle a commis d'autres erreurs en soutenant ensuite, après les moudjahidin comme Ahmad Massoud, les Taleban pachtounes du Mollah Mohammed Omar. Si la CIA est tout à fait capable de nourrir ses futurs ennemis (ou ses ex-ennemis), cela ne prouve pas qu'elle soit toujours omniprésente, surtout qu'OBL avait ses propres ressources financières via l'Arabie saoudite. Mais bien entendu, nous n'aurons jamais les faits pour vérifier si cette version est une sorte d'excuse inventée après coup ou si le lien entre OBL et CIA est une idée préconçue qui résisterait à toute réfutation.

Conspirationnisme et génétique amateur

Un Créationniste tente d'expliquer que les méthodes d'identification d'un cadavre célèbre prouve sa croyance qu'il n'y a pas d'ADN "poubelle"...

mardi 3 mai 2011

Protection


Sans vouloir faire trop de généralités clichés sur les Français, on peut parfois redouter non pas le prétendu "cartésianisme" mais plutôt un certain souci de symétrie et de réduction à la simplicité logique.

Un des arguments constants des opposés, des néo-réactionnaires et de l'extrême gauche est que désormais la scène politique mondiale va s'éclaircir vers deux pôles et qu'il n'y a plus de vraie position pour les tièdes intermédiaires : aucun centre ne peut tenir alors que "l'anarchie se déchaîne". [Paul Valéry dit quelque part à sa manière faussement limpide, (mais je ne retrouve pas la citation), que la politique pourrait se purifier non pas entre république et monarchie, mais dans l'anarchisme et le fascisme. ]

L'argument des opposés est en gros le suivant.

(1) L'ultralibéralisme ("libertarien") est une doctrine "cohérente". Ils veulent dissoudre tous les Etats (limités à quelques fonctions régaliennes minimales pour préserver les Contrats), on ne conserve plus que les individus et leurs "droits" individuels garantis par la concurrence entre divers espaces de droit. On n'a plus besoin de sécurité sociale ou de droit national de retraite, plus que des capitalisations individuelles qui changent au fil des divers contrats. Bien sûr, cela conduit à avantager des minorités (surtout au départ) mais c'est "cohérent".

(2) A l'inverse, un communautarisme national est aussi "cohérent". Il dit que les droits sociaux des membres de la communauté ne peuvent être protégés que si on pratique protectionnisme économique et préférence nationale. On ne peut pas étendre ces droits sans les détruire.

(3) Tout libéralisme "modéré" ou admettant certaines régulations par les Etats est incohérent doit basculer vers (1) et tout socialisme résistant à la libéralisation mondiale doit basculer vers (2).

En 2002, les médias reprochaient aux électeurs ouvriers du FN de voter contre leurs intérêts économiques puisque le FN alliait (comme les Républicains américains) nationalisme protectionniste face à l'extérieur et ultralibéralisme intérieur. Marine Le Pen n'a donc guère fait que suivre ce conseil de "cohérence", en prétendant faire un Parti nationaliste et "protecteur" des droits sociaux. Peu importe qu'elle soit hypocrite ou pas ou que cela déplaise à une partie de son Parti, ce sera en tout cas sa stratégie de campagne.

Son argument risque de trop séduire les Français si partisans de dichotomies : elle dit que si on pratique une extension libérale des droits de l'homme aux flux migratoires, alors on sacrifie les droits sociaux des citoyens et on bascule dans l'ultralibéralisme. Elle ne fait donc pas que rendre le FN plus "vendable", elle feint d'achever sa "consistance" interne.

Un des enjeux pour les sociaux-démocrates est de persuader qu'on peut défendre une position cohérente de protection des droits sociaux nationaux sans les mettre systématiquement en conflit avec certains principes libéraux de droits internationaux. Il n'y a donc pas seulement à choisir entre Alain Madelin (pour utiliser un nom simplificateur) et Marine Le Pen ou croire que toutes les positions socialistes devraient glisser vers l'une de ces deux-là. Sans quoi, cela serait concéder la victoire à Madelin pour ne pas avoir Le Pen.

Désamorcer et mériter

Vsrehp me demande de faire ce point :

Bien qu'en tant que croyant, je crois que seul Dieu peut juger, le courageux François Fillon a raison de dire qu'OBL "mérite son sort", comme Rudolph Giuliani disant qu'il prend plaisir à la "vengeance".

Il ne faut pas laisser à des cowboys le monopole des tripes et le Glaive vengeur. Et d'ailleurs, j'espère que le preux François Fillon sera cohérent jusqu'au bout et restaurera aussi la peine de mort que des conventions européennes liberticides voudraient nous interdire. Mais aussi la torture, qui doit avoir un pouvoir dissuasif et de vengeance encore bien supérieur à la simple peine de mort.

Quant à cette Kantienne Christine Korsgaard qui dit qu'il faudrait distinguer le droit dans une guerre à tuer un ennemi par légitime défense et la satisfaction morbide devant la vengeance, elle coupe les cheveux en quatre, comme tous ces sordides pinailleurs koenigbergeois :


"If we confuse the desire to defeat an enemy with the desire for retribution against a criminal, we risk forming attitudes that are unjustified and ugly — the attitude that our enemy's death is not merely a means to disabling him, but is in itself a kind of a victory for us, or perhaps even the attitude that our enemy deserves death because he is our enemy."

It is important, Korsgaard says, "not to confuse the desire for retribution with the desire to defeat an enemy. But because terrorism partakes of both crime and war, it is perfectly natural, and perhaps legitimate, to have both of these attitudes towards Osama bin Laden: to think that we had to disable him, and to think that he deserved to die."

The two sentiments should be kept apart, she says. "If we have any feeling of victory or triumph in the case, it should be because we have succeeded in disabling him — not because he is dead."

Je ne souscris pas à ce que dit Vsrehp, mais Korsgaard ne se contredit pas (à l'avant-dernier paragraphe) en concédant qu'il serait alors "légitime" de dire qu'il méritait de mourir si et seulement si elle justifiait (comme Kant) la peine capitale (elle dit seulement que la peine capitale est plus "controversée" que la "guerre juste").

Vœu



Un barbu meurt, un autre, qui avait fait vœu de ne pas se raser tant que le responsable du 11 septembre ne serait pas appréhendé, rase une barbe de 3519 jours, soit 9 ans, 7 mois et 20 jours.

L'effondrement des Grits



En Orange le NDP de Layton et en Bleu les Conservateurs de Harper

Il y a quelques jours, sur le blog CrookedTimber, un Canadien disait que les élections législatives du 2 mai 2011 étaient prévues pour être ennuyeuses (le retour des Conservateurs au pouvoir) et qu'elles étaient devenues juste bizarres avec la possibilité inouïe que le petit parti de gauche, le NDP, prenne la tête d'une coalition gouvernementale devant les Libéraux.

On a eu finalement les deux, l'ennuyeux et le bizarre : les Conservateurs ont bien gagné une majorité absolue mais le petit NDP a détruit à la fois le Bloc québecois et le principal parti de gouvernement du Canada, les "Grits" (les Libéraux).

Pour imaginer le séisme, c'est comme si l'UMP regagnait les élections mais avec un Front de gauche remplaçant le PS devenu groupusculaire (ce n'est qu'une analogie ratée : on pourrait dire plutôt que le NDP n'est pas loin idéologiquement du PS, s'il était resté aussi petit qu'au début des années 70, et les Libéraux ressemblerait plutôt à une sorte d'UDF de Bayrou qui aurait été le parti de gouvernement).

En théorie, la Chambre des Communes peut rester 5 ans mais en pratique les Premiers ministres ont souvent anticipé les élections ou ont dû le faire quand ils perdaient lors d'une motion de défiance. Si on compte depuis les élections de 1984, les Conservateurs (qui s'appelaient alors les PC, les "Progressive Conservative") ont gagné deux fois de 1984 à 1993, les Libéraux ont gagné pendant 13 ans, en 1993, 1997, 2000 et 2004, puis a commencé un nouveau cycle conservateur avec une victoire en 2006, à nouveau aux élections anticipées de 2008 et à présent en 2011 (avec pour la première fois depuis les années 80 une majorité absolue pour les Conservateurs, ce qui doit donc laisser plus de stabilité potentiellement jusqu'en 2016). Sur 32 ans (1984-2016), cela donnerait donc 19 ans de Conservateurs et 13 ans de Libéraux.



  • Les Conservateurs n'avaient pas la majorité et venaient d'être renversés. Ils ressortent avec près de 40% des voix (très légère hausse +2) mais plus de 54% des sièges (gain de 24 sièges, soit +17%). Les Conservateurs semblent notamment avoir repris en plus de leur fief des Prairies la Province centrale de l'Ontario. Le pénible Stephen Harper, le sous-Bush du Nord, va donc rester Premier ministre assez longtemps. 

  • Pourtant, le Parlement glisse vers la gauche et pour la première fois, c'est le NDP de Jack Layton qui devient l'Opposition de Sa Majesté. Ils ont eu 30% des voix (énorme hausse +12!) et 33% des sièges (102 sièges, soit une hausse relative de +175% !). Ils ont notamment séduit le Québec (sur les 102 sièges gagnés, 58 sont au Québec, 22 en Ontario, 12 en Colombie britannique). 


  • Les Libéraux s'effondrent : 19% des voix (-7), 11% des sièges (34 sièges, environ divisé par deux). C'est une défaite personnelle pour le nouveau Leader (depuis le début 2009) Michael Ignatieff, lui-même battu dans sa propre circonscription par un Conservateur (elle était acquise aux Libéraux depuis 18 ans). Il y a sans doute plusieurs facteurs qui expliquent cet échec personnel : Ignatieff pouvait faire trop intellectuel, trop hésitant et calculateur mais surtout il a paru trop états-unien ou pas assez canadien (ce qui pourrait plus plaire chez les Conservateurs). Il reste à voir si c'est l'autre universitaire Bob Rae de Toronto ou Dalton McGuinty, Premier ministre de la Province de l'Ontario, qui reprendra le parti (Justin Trudeau, le fils de l'ancien Premier ministre, n'est toujours pas évoqué). L'épisode Iggy aura donc hélas été un désastre très rapide malgré tous les espoirs que les Libéraux mettaient en lui.


  • Le pire est le parti souverainiste Bloc Québecois, qui est presque complètement effacé de la représentation fédérale du Québec, remplacé surtout par le parti de gauche NDP qui s'est solidement implanté dans la Province francophone. Sur les 49 sièges de 2008, il n'en reste plus que 4, son plus mauvais score fédéral depuis ses origines en 1993 (il avait toujours oscillé entre 38 et 54). Même en se limitant au score dans la Province du Québec, ils n'ont que 23%, loin des 43% du NDP ! Gilles Duceppe, dirigeant du BQ depuis 1997, a été battu dans sa circonscription de Laurier-Sainte-Marie par la candidate NDP Hélène Laverdière. Il a déjà annoncé qu'il donnait sa démission.


  • C'est une bonne nouvelle pour le NDP mais je crains que cela n'en soit surtout une pour les Conservateurs pour les prochaines élections des années 2010. La hausse historique du NDP ne les met quand même pas au niveau de rivaliser sérieusement avec les Conservateurs et il leur faudrait continuer leur croissance tout en réussissant une coalition dangereuse avec les Libéraux (ce qui pourrait décevoir leur base de gauche). Les Libéraux restaient au pouvoir en prenant à la fois aux Conservateurs et aux NDP. Le NDP a pris surtout aux Libéraux et au BQ.

    Add. : Christopher Bird (qui appelait à voter NDP) fait remarquer que le déclin des Grits sera durable (surtout comme ils vont perdre une énorme partie de leur financement) mais que le NDP+Libéraux auraient bien sûr plus de votes que les Conservateurs en cas de système de vote "alternatif". Il appelle donc à une fusion des deux Partis d'opposition pour aller vers un système parlementaire à deux partis.

    lundi 2 mai 2011

    Le corps d'OBL

    Les autorités américaines ont dit qu'elles avaient le corps et qu'il serait traité en respectant les conventions religieuses du chef terroriste. Mais les médias affirment ce matin qu'il aurait été "enterré enseveli en mer" immédiatement (parce que l'Islam demande une cérémonie rapide et parce que l'Arabie saoudite aurait refusé le cadavre), ce qui paraît un peu brusque et va encore alimenter des fantasmes. Surtout quand Donald Trump va exiger le certificat de décès long form.

    Add. La blogosphère républicaine reproche aussitôt à Obama de n'avoir pas remercié... Bush. Ou d'avoir tenu des propos apaisants sur le fait qu'OBL ne devait pas être assimilée à une religion. Ou de ne plus pouvoir ensuite garder les troupes en Afghanistan (un article dit même que le gambit d'OBL serait un calcul machiavélique de l'ISI pour faire partir les USA d'Afghanistan... comme s'ils n'auraient pas pu le faire avant en ce cas).

    Du côté symétrique, la blogosphère jihadiste se désole, en se consolant qu'il soit au moins mort sans avoir été arrêté. Un des intervenants a la même réaction que cela va faciliter le départ d'Afghanistan. Mais on pourrait dire au contraire que cela va faciliter les négociations avec certaines des factions pachtounes et taliban.

    Par coïncidence, cela arrive exactement 8 ans après le discours Mission Accomplished de Bush (et 66 ans après que les Russes retrouvent le corps d'un autre "vilain archétypal").

    dimanche 1 mai 2011

    Prétérition


    Via twitter, un chroniqueur média cancanier dit qu'il ne mentionnera pas une rumeur sur une personnalité "dont le tout Paris de la politique connaît depuis plusieurs jours les déboires". C'est une manière peu subtile de flirter avec la violation de la protection de la vie privée et le vague va vite se dégonfler. Cela concernerait je crois la béatification de Kate Evita Bruni après son mariage avec un fils Kadhafi.

    Add. En parlant de rumeurs auto-alimentées, Wikipedia a dû mettre une protection sur la page de Michele Amble-Bachmann après qu'Obama eut dit qu'il avait "entendu dire" qu'elle était née au Canada. C'est une allégation absurde, puisqu'on sait de source sûre qu'elle est née en Suisse.

    B.H.O. sur l'Américanité


    L'intervention d'Obama au Dîner des correspondants sur sa nationalité et son certificat de naissance était réussie (surtout la rumeur sur cette tarée de Michelle Bachmann ou les attaques directes contre Trump et Fox News - qui avait écrit "Obama rend public ce qu'il dit être son certificat de naissance") et on sentait bien une extrême lassitude à devoir sans cesse se justifier sur ce point.

    Il faudrait que les nerds qui écrivent ses gags mettent moins d'allusions geeks : qui comprendra en quoi Optimus Prime, chef des Transformers, pourrait être essentiel à l'identité nationale.

    Il se peut que le camp Obama s'amuse aussi à renforcer le candidat Trump parce qu'il serait l'un des plus grotesques candidats dans le camp républicain. Donald Trump, le ça des Républicains, a tenté maintenant de hausser le débat en attaquant Obama sur son entrée dans des universités prestigieuses et demandant ses bulletins de lycée. Ce qu'ils n'auraient jamais demandé avec le Président précédent qui, lui, avait hérité de Yale uniquement par son certificat de naissance.